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Annie Ernaux ou l’art littérairement distinctif du paradoxe

Résumé : À la fin d’Une femme, récit publié en 1988 retraçant la vie de sa mère, Annie Ernaux affirme : « Ceci n’est pas une biographie, ni un roman naturellement », mais un travail situé délibérément « au-dessous de la littérature, [...] quelque part entre la littérature, la sociologie et l’histoire. » Pour qualifier les textes autoréflexifs qu’elle publie depuis 1974 dans la collection Blanche chez Gallimard, l’écrivaine refuse tout classement générique pré-établi et préfère parler de « formes ». La quête d’une forme « juste » pour ses textes étant au cœur même de sa réflexion indissociablement littéraire, sociale et politique, elle en vient à inventer les labels de « récits transpersonnels » ou encore d’« ethnotextes » pour évoquer spécifiquement ses deux journaux « extimes » : Journal du dehors paru en 1993 et sa suite, La Vie extérieure, publié en 2000, qui détournent tous deux la forme consacrée du journal intime. Approfondissant cette démarche littéraire distinctive, fondée sur l’art de concilier les contraires, c’est un nouveau label en forme d’oxymoron, celui d’« autobiographie collective » ou « impersonnelle » qu’Annie Ernaux propose pour qualifier le projet narratif spécifique des Années, opus publié en 2008, que nombre de commentateurs présentent comme « l’œuvre de sa vie », son « chef-d’œuvre ». Rompant assez largement avec les réceptions des précédents récits, la quasi-unanimité de l’éloge critique – lequel, une nouvelle fois sans doute désarçonné par la forme du texte, convoque pêle-mêle d’illustres quoique peu cohérentes filiations (de Beauvoir à Proust, en passant par Maupassant et Pérec, sans oublier Genêt, Leiris, Nizan, Pavese, Tchekhov ou Woolf…) – se conjugue à l’immédiat succès public (environ 115 000 exemplaires vendus après six réimpressions). On a cherché ici à saisir les modalités et les effets du positionnement renouvelé d’Annie Ernaux, qui, déplaçant par ses recherches formelles les lignes de l’autobiographie traditionnelle, maniant de mieux en mieux l’art du paradoxe générique, se joue aussi de plus en plus des frontières entre deux genres traditionnellement ennemis, la littérature et la sociologie. Prenant appui sur ce double je(u) spéculaire de l’écrivaine, étudiant les enjeux indissociablement littéraires, sociaux et politiques de son projet réflexif singulier, non dénué d’ambivalences, c’est aussi plus largement l’esquisse d’une sociologie des usages (littéraires) de la connaissance sociologique que l’on souhaiterait dessiner.
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Contributeur : Isabelle Charpentier Connectez-vous pour contacter le contributeur
Soumis le : dimanche 29 mai 2022 - 21:58:15
Dernière modification le : mardi 14 juin 2022 - 12:05:57

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Isabelle Charpentier. Annie Ernaux ou l’art littérairement distinctif du paradoxe. Revue des Sciences Humaines, Presses universitaires du Septentrion, 2010, Le roman parle du monde – Lectures sociocritiques et sociologiques du roman contemporain, pp.57-77. ⟨hal-03680934⟩

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