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Contre ‘la conspiration du silence’, ‘écrire pour rester en vie’ : L’écriture d’auteures (franco-)algériennes d’expression française à l’épreuve des violences de genre pendant la ‘décennie noire’ en Algérie

Résumé : L’usage stratégique par des groupes islamistes du viol de femmes enlevées et séquestrées comme arme de guerre, caractéristique de la guerre civile algérienne pendant la « décennie noire » des années 1990, constitue une violence sexuelle et genrée spécifique. Dans l’espace littéraire algérien et français, tant de la part d’auteur(e)s consacré(e)s que d’une nouvelle génération d’écrivain(e)s, cette période violente de l’histoire algérienne récente a occasionné une importante vague d’écrits, et a amené les auteur(e)s algérien(ne)s à réactiver la dimension sociale de la littérature, en lui conférant un rôle thérapeutique et de transmission mémorielle. Contre le silence individuel et collectif, les « mariages de jouissance » ont été plus spécifiquement dénoncés, à partir des années 1990, par des écrivaines (franco-)algériennes d’expression française, plus ou moins (re)connues en Algérie et/ou en France. Restituant, par des procédés narratifs spécifiques, les drames, les souffrances et les traumatismes liés aux massacres et au climat de terreur, des auteures telles Maïssa Bey, Wahiba Khiari, Leïla Marouane, Badra Moutassem-Mimouni, Leïla Sebbar ou encore Hafsa Zinaï Koulid ont cherché à mettre en mots l’indicible dans des essais, des romans (parfois autobiographiques ou autofictionnels) ou des nouvelles, combinant souvent fiction et réalité. Ramener ces crimes à la mémoire collective leur paraissait d’autant plus essentiel que, rarement rendus publics, demeurés tus et/ou impunis dans la quasi totalité des cas, ils ont aussi été largement occultés par les autorités politiques du pays à la fin de la guerre civile en 2001, au nom de la politique dite de « réconciliation nationale » menée par le Président Abdelaziz Bouteflika. Au-delà, ces écrivaines questionnent dans leurs récits les rapports sociaux de sexe et la domination masculine en temps de guerre comme en temps de paix, dans un pays qui demeure profondément patriarcal, tout en interrogeant, dans les textes eux-mêmes, la forme, la fonction mais aussi les coûts (matériels et symboliques) de l’engagement dans l’acte même d’écrire dans un tel contexte, ainsi que les conséquences de ces pratiques résistantes dans la poursuite du déroulement de la carrière littéraire/éditoriale des auteures dans la période post-conflit. Vecteurs de construction et de transmission mémorielles et de reconstruction de soi pour des auteures parfois touchées dans leur propre chair, ces textes littéraires constituent autant de prises de parole publiques, et peuvent s’analyser comme des lieux symboliques de perpétuation de la mémoire, de résistance à l’amnésie et au silence (politique). Avant d’aborder cette violence de genre spécifique, survenant dans une période de crise économique, sociale et politique aiguë, et les manières dont elle a été traitée dans la littérature d’expression française écrite par des (Franco-)Algériennes, publiées en France ou au Maghreb, cet article propose préalablement un éclairage sur le contexte de production de ces récits, i.e. l’émergence dans l’espace éditorial d’écrits qu’il semble d’usage, en théorie littéraire (française), d’homogénéiser artificiellement (et, souvent, de minorer esthétiquement) sous le label de « littérature d’urgence », et une analyse des conséquences de la publication dans ce contexte de crise sur la suite de la carrière littéraire/éditoriale et la reconnaissance esthétique des écrivaines concernées. Cet article se fonde sur une analyse des oeuvres évoquées, mais aussi sur des entretiens avec des écrivaines, réalisés de décembre 2006 à mai 2012.
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Contributeur : Isabelle Charpentier Connectez-vous pour contacter le contributeur
Soumis le : vendredi 3 juin 2022 - 10:51:02
Dernière modification le : mardi 14 juin 2022 - 10:12:37

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Isabelle Charpentier. Contre ‘la conspiration du silence’, ‘écrire pour rester en vie’ : L’écriture d’auteures (franco-)algériennes d’expression française à l’épreuve des violences de genre pendant la ‘décennie noire’ en Algérie. Soron Antony. L’Écriture à l’épreuve d’elle-même, Éditions de la Maison des Sciences de l’Homme d’Aquitaine (MSHA) – Bordeaux III, pp.17-46, 2016, 978-2-85892-454-7. ⟨hal-03687231⟩

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