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Écrire pour « venger sa race » ou de l’usage littéraire stratégique de la sociologie… : Le renouvellement de l’écriture autosociobiographique d’Annie Ernaux de Journal du dehors (1993) au « récit-fusion » Les Années (2008)

Résumé : Cet article interroge les enjeux du brouillage des frontières entre littérature et sociologie dans l’œuvre autosociobiographique d’Annie Ernaux. Du journal « extime » Journal du dehors (Gallimard, 1993) au « récit-fusion » Les Années (Gallimard, 2008), l’écrivaine se veut ethnologue de la vie quotidienne « d’en bas », traditionnellement occultée dans la littérature, en étant constamment en quête de la forme « juste ». Dans ses récits, elle porte un regard objectivant, nourri de lectures sociologiques, notamment des œuvres de Pierre Bourdieu et de Richard Hoggart, sur sa propre trajectoire de migration sociale ascendante et celle de ses semblables sociaux, mais aussi et plus largement sur la vie de ses contemporain-es, dans des dispositifs énonciatifs singuliers, portés par un style minimaliste, volontairement dépouillé, ostensiblement économe de moyens et d’effets littéraires, souvent qualifié par la critique littéraire d’écriture « plate » ou « blanche ». Approfondissant cette démarche littéraire distinctive, c’est, après celui d’« ethnotexte », un nouveau label en forme d’oxymoron, celui d’« autobiographie collective » ou « impersonnelle » qu’Annie Ernaux propose pour qualifier le projet narratif spécifique du récit Les Années. Formellement complexe et novateur dans sa conception, ce « récit-fusion » mêlant littérature, sociologie et histoire, apparaît littéralement « composite » : il réédifie dans leur contexte sociopolitique des événements passés – non sublimés – de la vie quotidienne de l’écrivaine, mais aussi et indissociablement de toute une génération, en particulier de femmes. Annie Ernaux adopte ainsi une posture singulière dans le champ littéraire français contemporain : son œuvre, qui se présente pourtant avant tout comme « littéraire », étant aussi sociologiquement instruite et fortement marquée par le double refus (sociologique et politique) de l’écueil misérabiliste comme de la posture populiste, pointés par les sociologues Jean-Claude Passeron et Claude Grignon et qui guettent, en littérature comme en sociologie, toute tentative de représentation du « populaire ». Opposant le souci de la « vérité » au mouvement de l’autofiction auquel des contresens la rattachent encore parfois, l’écrivaine, qui conçoit la littérature comme une « arme de combat », initie dès lors une forme renouvelée d’autosociobiographie, seule apte, selon elle, à permettre de résister à la domination sociale. En prenant l’œuvre ernausienne comme un matériau à objectiver sociologiquement, en s’appuyant aussi sur des entretiens semi-directifs inédits que l’écrivaine m’a accordés depuis une vingtaine d’années, j’ai cherché dans cet article à saisir les modalités et les effets de ce positionnement improbable. Prenant appui sur le double je(u) spéculaire et stratégique de l’écrivaine, étudiant les enjeux indissociablement littéraires, sociaux et politiques de son projet réflexif singulier, non dénué d’ambivalences, c’est aussi plus largement l’esquisse d’une sociologie des usages littéraires de la connaissance sociologique que j’ai souhaité dessiner ici.
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https://hal-u-picardie.archives-ouvertes.fr/hal-03688521
Contributeur : Isabelle Charpentier Connectez-vous pour contacter le contributeur
Soumis le : samedi 4 juin 2022 - 18:25:48
Dernière modification le : vendredi 5 août 2022 - 11:23:10
Archivage à long terme le : : lundi 5 septembre 2022 - 18:32:01

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Isabelle Charpentier. Écrire pour « venger sa race » ou de l’usage littéraire stratégique de la sociologie… : Le renouvellement de l’écriture autosociobiographique d’Annie Ernaux de Journal du dehors (1993) au « récit-fusion » Les Années (2008). Labari Brahim. Ce que la sociologie fait de la littérature et vice-versa, Publibook ; Colloques et Revues édition, pp.127-150, 2014, 9782342023978. ⟨hal-03688521⟩

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