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Les nouveaux habits du tabou de la virginité féminine en Algérie : œuvres et témoignages d'écrivaines algériennes et franco-algériennes d'expression française : Oeuvres et témoignages d'écrivaines algériennes et franco-algériennes d'expression française

Résumé : Cristallisant des enjeux sociologiques et anthropologiques complexes liés aux rapports sociaux de sexes et à la codification des âges sociaux, la sacralisation de la virginité féminine demeure encore très prégnante en Algérie, nonobstant un contexte de lentes transformations socioculturelles (urbanisation et crise du logement, exode rural, progression – relative – du niveau d’instruction des femmes, abaissement de l’âge moyen des filles au mariage, augmentation – timide elle aussi – du célibat féminin…). Elle persiste à constituer l’un des aspects de la socialisation de la sexualité et, plus spécifiquement, du contrôle religieux et surtout familial/social de la sexualité féminine : encore souvent confisquée dès la puberté, cette dernière est posée comme illicite ou transgressive lorsqu’elle s’exprime en dehors du cadre conjugal. Organisant les rapports de genre, le respect du tabou de la virginité représente l’un des éléments fondamentaux de la socialisation primaire, et cristallise nombre de fantasmes collectifs. Depuis plusieurs décennies, nombreuses sont les artistes algériennes et franco-algériennes d’expression française à briser le silence longtemps imposé sur ce tabou qui persiste dans la société patriarcale traditionnelle. Cette prise de parole leur vaut parfois d’être accusées dans leur pays d’origine (confronté qui plus est, pendant la décennie 1990, à la violence islamiste) de diffuser des stéréotypes occidentalo-centrés sur le statut – évidemment non homogène – des femmes dans les cultures islamiques, et d’activer l’islamophobie. Si des cinéastes se sont attachées à cette thématique, ce sont surtout des écrivaines d’expression française qui, à la suite des écrits pionniers de la militante féministe Fadela M’Rabet au milieu des années 1960, s’en sont emparées. Dans un contexte d’émergence de la création littéraire féminine donnant une part importante à l’expression (intrinsèquement subversive) du corps, des auteures comme Maïssa Bey, Hawa Djabali, Assia Djebar, Houria Kadra-Hadjadji, Leïla Marouane, Malika Mokeddem, Leïla Sebbar ou encore Khalida Toumi-Messaoudi ont notamment contribué à mettre en lumière les formes souvent violentes, matérielles ou symboliques, de la socialisation genrée traditionnelle et des dominations qui ont pesé ou pèsent encore sur la sexualité des femmes, notamment des plus jeunes, dans une société androcentrée. Dans leurs récits en langue française, souvent autofictionnels et, pour l’essentiel, publiés en France, elles évoquent la question de la virginité des adolescentes – et ses frontières mouvantes –, les représentations stéréotypées de la féminité et de la masculinité qui l’entourent, ainsi que les enjeux et implications qui la sous-tendent. Rappelant que l’exigence de virginité pèse sur chacun des deux sexes de manière éminemment différenciée, elles montrent que le tabou s’inscrit au cœur du système de valeurs dont le code de l’honneur [horma] constitue le point nodal, en particulier lors des transactions matrimoniales entre clans. Toutefois, malgré l’ancienneté et la permanence de la socialisation aux valeurs et pratiques traditionnelles, la sacralisation de la virginité semble de plus en plus souvent ressentie par les femmes non comme un choix dicté par une conviction personnelle, mais comme une contrainte sociale, et ce d’autant plus nettement qu’elles sont diplômées, actives et citadines. Émerge dès lors une revendication (encore timide) d’autonomisation pour les jeunes femmes. Des résistances et contournements des normes sexuelles dominantes se déploient, dont témoignent les écrivaines, qui font écho du développement clandestin (et illégal) d’une sexualité féminine prénuptiale, non sans risque cependant, car outre la pratique des répudiations, persiste en Algérie une tradition de « crimes d’honneur ». D’où le recours de plus en plus courant de certaines jeunes Algériennes à une opération pourtant profondément ambivalente : l’hyménoplastie. Si les écrivaines n’occultent en rien ces réalités douloureuses dans leurs œuvres fictionnelles ou autobiographiques, elles cherchent aussi manifestement à s’éloigner des stéréotypes misérabilistes, en valorisant des héroïnes qui s’insurgent radicalement – avec une fortune variable – contre l’ordre patriarcal. S’il ne s’agit nullement d’universaliser les expériences mises en récit, de manière plus ou moins romancée, par quelques femmes culturellement dotées, d’un niveau social souvent supérieur, il est en revanche heuristique de considérer ces « traces » littéraires comme un matériau – l’un des seuls disponibles sur ce thème – à objectiver sociologiquement. Ce sont tant ces tentatives (ambivalentes) de subversion et de transgression des assignations genrées traditionnelles que leurs mises réflexives en récit que nous proposons donc ici d’éclairer, en prenant essentiellement appui sur les œuvres des écrivaines algériennes et franco-algériennes précitées, ainsi que sur les entretiens sociologiques inédits (parfois anonymés à leur demande) que certaines nous ont accordés. Ces matériaux sont mis en perspective avec des travaux anthropologiques et les quelques rares données statistiques accessibles aux chercheurs qui permettent d’en éclairer les enjeux.
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Contributeur : Isabelle Charpentier Connectez-vous pour contacter le contributeur
Soumis le : mardi 31 mai 2022 - 15:43:29
Dernière modification le : mardi 14 juin 2022 - 10:47:16

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Isabelle Charpentier. Les nouveaux habits du tabou de la virginité féminine en Algérie : œuvres et témoignages d'écrivaines algériennes et franco-algériennes d'expression française : Oeuvres et témoignages d'écrivaines algériennes et franco-algériennes d'expression française. Autrepart - Revue de sciences sociales au Sud, Presses de Sciences Po (PFNSP), 2012, Les nouvelles figures de l'émancipation féminine, 2 (61), pp.59-79. ⟨10.3917/autr.061.0059⟩. ⟨hal-03680901⟩

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